
Une scénographie signée Pauline Leprince.
Exercices de Styles : la jeune creation en cinq grandes tendances
Le French Design propose, dans sa galerie parisienne jusqu’au 11 septembre 2026, l’exposition Exercices de Styles, qui balaie en une quarantaine de créations les chemins explorés par la jeune génération de designers internationaux. FRANCOIS SALANNE
Le design ne serait rien sans les expérimentations des jeunes designers qui, dans la volonté d’apporter de la nouveauté par rapport aux générations précédentes, empruntent volontiers des chemins inédits, et ne reculent pas au moment de proposer des formes et des procédés de rupture. Le French Design a choisi, avec l’exposition Exercices de Styles, de leur donner la parole et de mettre en lumière leurs expérimentations, qui sont une source d’inspiration pour toute la filière du mobilier. La quarantaine de pièces exposées, sélectionnées par Le French Design au cours de ses nombreux déplacements internationaux, lors de Design Weeks ou salons, ont été classées en cinq grandes tendances, du « Playful design » au « Organic Freak ». Elles sont mises en scène dans une scénographie, signée Pauline Leprince Studio, inspirée d’une galerie d’art contemporain. En les découvrant, les visiteurs seront souvent séduits, parfois circonspects, mais toujours étonnés par leur inventivité, qui est l’un des piliers du véritable design. En parallèle, Le French Design lance ses Cahiers de Style, qui offrent un décryptage beaucoup plus large des tendances de l’ensemble du marché – en termes de formes, de couleurs, de matériaux - observées et synthétisées par ses équipes à l’international*.
Playful Design
Cette première partie réunit des pièces sous le signe de la joie de vivre et de la couleur, et célèbre un design ludique, qui s’affranchit du sérieux, tout en conservant son exigence de fonctionnalité. Matières surprenantes et volontiers décalées, couleurs vives
et pop, contrastes francs et aplats graphiques s’associent à des formes géométriques affirmées. Dans ce registre, on peut citer la lampe Halo-Bi-Color (design studio Rayon Vert), qui envisage la lumière comme un élément graphique et transformable. Les teintes bleu et rose-orangé de ses disques, qui s’ouvrent et se referment pour modifier l’espace, instaurent un dialogue chromatique vibrant, ancré dans une esthétique pop et contemporaine. Autre exemple, la Marmelade Chair redéfinit l’approche structurelle de l’assise, et semble dessinée d’un seul geste, défiant les codes traditionnels du mobilier. Partie intégrante de la collection « form follows intuition » de l’artiste et designer finlandaise Roosa Ryhänen, elle se compose de tubes continus aux formes douces et organiques qui en font une déclaration de design libre, expérimental et résolument contemporain.

Neo Sci-fi
Comme l’acronyme Sci-fi – pour science-fiction – le suggère, les objets de cette section semblent un peu « venus de l’espace ». Réunies par des lignes pures, des volumes bombés et des formes énigmatiques, ces créations créent une sensation d’étrangeté maîtrisée, où le métal brossé, le cuir lisse et les surfaces polies jouent leur partition, à la frontière de la science et de la poésie. Avec la Daisy Chair, le designer américain Tom Hancocks imagine une assise basse recouverte de pièces rembourrées en cuir blanc, aux formes enveloppantes et organiques, tout droit venue d’un film futuriste. Véritable icône du design, le Fauteuil AA (design Hervé Langlais, Airborne), est complètement transfiguré par l’association de sa structure en inox marin avec une housse en cotte de maille métallique, qui le fait flotter dans l’espace et dans le temps.
Deco craft
Ce secteur réunit les jeunes designers qui se rattachent à la tradition des ensembliers, en faisant dialoguer les artisans (tisseurs, céramistes, ébénistes) au service de pièces singulières qui déclinent les motifs géométriques, et règnent au cœur des intérieurs de style néo-Art déco. Dessinée par Kiady Ratovoson, la KR-Chair met en lumière le travail artisanal du varongy, un bois endémique de Madagascar, et du sisal tressé. Avec Le Grand Fontainebleau, le duo de designers Hauvette & Madani réinvente le lampadaire comme objet décoratif majeur et totem lumineux, en faisant appel au chêne massif français, sublimé par l’application de plusieurs couches de laque qui donnent toute sa profondeur à ce matériau noble.

Re&Up Factory
Le travail des designers est nourri par le monde de la construction et son utilisation des matériaux bruts. C’est ce que montre cette section de l’exposition, où le béton, l’acier, le plâtre, les isolants, les carreaux de verre ou encore les briques sont détournés au profit de projets qui élèvent leur esthétique primaire au rang de matières nobles à forte personnalité. N’oublions pas dans cet ensemble le textile : la chaise Denim01 par exemple, imaginée par Léo Nunes Almeida, se compose d’une structure métallique recouverte de denim de seconde main. Crochetée à la main, elle est une mise en valeur magistrale du réemploi textile associé au geste artisanal. Autre proposition et autre détournement, le paravent Bro de Clément Pasquier utilise des pavés de verre industriels encastrés dans une armature en acier inoxydable montée sur roulettes, pour composer une structure mobile et imposante.
Organic Freak
Des formes « monstrueuses » - la traduction de « freak » - peut naître une forme de beauté, inclassable, bizarre. Tel est le propos de la dernière partie de l’exposition. On y trouve des créations où la nature inspire des formes irrégulières et des textures délicates, volontairement imparfaites. La frugalité devient un langage, où les matériaux les plus inattendus - pain, épluchures d’aubergines, feutre, sable… - donnent lieu à des formes inédites, parfois associées avec des procédés technologiques comme l’impression 3D. C’est le cas par exemple des lampes Aléa 1 et Aléa 2, pour lesquelles la designer Loumi Le Floc’h utilise des épluchures d’aubergines afin de créer un abat-jour qui en révèle toute la transparence et tous les riches dégradés de couleur. Que dire des Soft Objets – Totem Séries du designer Gaspard Fleury-Deugy ? L’idée de génie de ce dernier est d’utiliser le tricot, l’impression 3D et les structures rigides en aluminium pour créer des luminaires hybrides, étonnants objets totems aux variations de couleur infinies, et qui marquent les esprits par leur forte présence décorative. À découvrir d’urgence à la galerie parisienne du French Design.
*Les Cahiers de style sont accessibles aux cotisants CODIFAB, adhérents de l’Ameublement français et aux membres de Connected by Le FRENCH DESIGN.


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